M. Christian RENARD, Audioprothésiste Lille
1. Définition et rappels physiopathologiquesLa presbyacousie est la perte auditive neurosensorielle liée au vieillissement. Elle débute généralement vers 50–60 ans, de manière progressive et bilatérale, avec une atteinte prédominante des hautes fréquences. Au niveau cochléaire, l’audition repose sur environ 3 500 cellules ciliées internes, 12 500 cellules ciliées externes et 35 000 fibres nerveuses. Ce capital auditif est définitif et non régénérable.
2. Facteurs de risqueLa presbyacousie est multifactorielle. Les principaux facteurs identifiés sont : - Exposition au bruit (professionnelle ou de loisir) - Pathologies cardiovasculaires (ischémie, dyslipidémie, tabagisme) - Diabète et troubles métaboliques - Médicaments ototoxiques - Susceptibilité génétique
3. Signes cliniques précoces
Le premier signe fonctionnel est la difficulté de compréhension dans le bruit. Le patient entend mais ne comprend plus correctement en environnement bruyant (restaurant, réunion familiale). La plainte est souvent indirecte et rapportée par l’entourage. D’autres signes peuvent être associés : acouphènes, fatigue auditive, isolement social.
4. Dépistage en médecine générale
L’acoumétrie vocale à voix faible constitue un outil simple et efficace. Si la voix chuchotée n’est pas perçue, une orientation vers un ORL est recommandée. L’interrogatoire doit rechercher la gêne dans le bruit, l’exposition sonore, les facteurs cardiovasculaires et le retentissement social.
5. Dépistage numérique
Le dépistage numérique représente une évolution récente et complémentaire. Des outils grand public ou médicaux permettent d’évaluer rapidement l’audition via smartphone ou ordinateur, notamment par des testsd’intelligibilité dans le bruit. Ces outils ne remplacent pas l’audiométrie diagnostique mais constituent : - Un outil de sensibilisation - Un moyen de triage rapide - Un support pédagogique pour faire prendre conscience au patient de sa gêne réelle Ils peuvent favoriser un recours plus précoce à une consultation spécialisée.
6. Enjeu cognitif
La perte auditive est aujourd’hui reconnue comme le premier facteur de risque modifiable de démence. Elle favorise le déclin cognitif via surcharge attentionnelle, isolement social et désafférentation auditive. Un dépistage et une prise en charge précoces participent à la prévention cognitive.
7. Prise en charge
L’appareillage précoce améliore la qualité de vie et favorise la plasticité cérébrale. La prise en charge associe médecin généraliste, ORL, audioprothésiste et éventuellement orthophoniste. Un contrôle d’efficacité (audiométrie tonale, vocale dans le bruit, questionnaires) est recommandé.