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HBP et cancer de la prostate

HBP et cancer de la prostate

Diagnostic, prise en charge et suivi.

Dr Thomas BOMMELAERE

Urologue spécialisé dans le cancer de la prostate - Lille

La prostate revient régulièrement en consultation de médecine générale: un homme de 60 ans qui se lève trois fois par nuit, un autre qui demande « un bilan prostate » après avoir lu un article, un troisième dont le PSA est revenu à 4,2 ng/mL sans qu'on sache trop qu'en faire. Entre l'hypertrophie bénigne de la prostate (HBP), les symptômes du bas appareil urinaire (SBAU) et le cancer de la prostate, le médecin généraliste est en première ligne — et les recommandations, entre l'Association Française d'Urologie (AFU) et la Haute Autorité de Santé (HAS), n'ont pas toujours la même tonalité. Cet article reprend, point par point, ce qu'il faut savoir et ce qu'il faut faire.

Sommaire

Partie 1 — HBP et symptômes du bas appareil urinaire

Reconnaître un trouble urinaire: miction normale et SBAU

HBP: bilan initial et quand adresser à l'urologue

Traitement de l'HBP: médical et chirurgical

Après l'énucléation: le suivi en ville

Partie 2 — Cancer de la prostate: dépistage, diagnostic et suivi

Dépistage organisé ou détection individuelle: ce qui bouge en 2026

Dépistage personnalisé: la mise au point de Villers et al. (2026)

Qui proposer au dépistage, quand, et les limites du PSA

Biopsie, score ISUP et options de traitement

Après prostatectomie: le suivi en ville

Radiothérapie, cancers avancés et métastatiques: les grandes lignes

Ce qu'il faut retenir

Sources

1. Partie 1 — HBP et symptômes du bas appareil urinaire

Reconnaître un trouble urinaire : la miction normale et les deux phases des SBAU

Avant de parler pathologie, il faut savoir reconnaître la norme. Une miction normale est volontaire, facile, indolore, complète, et dure moins d'une minute. Le délai entre deux mictions diurnes dépasse deux heures, le débit maximal (Qmax) est supérieur à 15 mL/s, et le résidu post-mictionnel reste inférieur à 50 mL (ou à un tiers du volume mictionnel). Elle résulte d'un équilibre entre les forces d'expulsion (le detrusor) et les forces de retenue (le col vésical, le sphincter).

Les symptômes du bas appareil urinaire (SBAU) se répartissent en deux phases dont la logique diagnostique et thérapeutique diffère complètement:

Phase mictionnelle (obstruction): faiblesse du jet, jet en arrosoir ou haché, retard à l'initiation, poussée abdominale, gouttes retardataires, sensation de vidange incomplète.

Phase de remplissage (hyperactivité vésicale): pollakiurie diurne, pollakiurie nocturne, urgenturie, incontinence urinaire.

Cette distinction est le premier réflexe clinique: un homme qui décrit uniquement des symptômes de la phase de remplissage n'a probablement pas une simple HBP obstructive, et l'orientation du bilan — et parfois de l'urgence à investiguer — n'est pas la même.

HBP : le bilan initial en médecine générale, et quand adresser à l'urologue

L'AFU définit précisément ce qui relève du médecin généraliste, avant même d'envisager un traitement. Le bilan initial devant une suspicion d'HBP comprend:

un interrogatoire, complété si besoin par un calendrier mictionnel;

un examen clinique, avec toucher rectal (de plus en plus discutable par ailleurs);

un ECBU, pour éliminer une cause infectieuse;

une échographie de l'appareil urinaire (abdomino-pelvienne et des organes génitaux externes), qui renseigne sur le volume prostatique, le résidu post-mictionnel et d'éventuels signes de gravité (dilatation des cavités, calcul, diverticule vésical);

un dosage du PSA, si l'espérance de vie du patient dépasse 10 à 15 ans et après information.

La créatininémie et le recueil structuré des facteurs de risque cardiovasculaires et du syndrome métabolique complètent utilement ce bilan, la iatrogénie médicamenteuse (diurétiques du soir, anticholinergiques) et les comorbidités cardio-métaboliques étant des causes fréquentes de SBAU mal étiquetées « prostatiques ».

Un point de repère simple pour savoir quand quitter le champ de la médecine générale:

ExamenMotif d'orientation
Interrogatoire + cliniqueHématurie, rétention, induration suspecte au toucher rectal
Symptômes urinairesPhase de remplissage prédominante, ou symptômes persistant sous alpha-bloquant
ÉchographieRésidu significatif (> 1/3 de la capacité vésicale), calcul, signes de lutte vésicale
ECBUInfections urinaires récidivantes, hématurie persistante (uro-scanner)
PSAÉlévation suspecte, ou accélération de la cinétique

À l'inverse, trois situations restent du ressort du médecin généraliste seul: des SBAU modérés ou débutants, une augmentation isolée du PSA (avant toute décision), et une nycturie isolée sans autre signe d'alerte. Cette dernière mérite un mot à part: une nycturie isolée chez un homme sans plainte diurne oriente d'abord vers un catalogue mictionnel — et vers la recherche d'une polyurie nocturne, d'un syndrome d'apnées du sommeil ou d'une prise de diurétique tardive — plutôt que vers un traitement alpha-bloquant réflexe.

Traitement de l'HBP : médical et chirurgical

En première intention, quatre familles thérapeutiques, avec des indications différentes:

Alpha-bloquants — traitement de première intention, effet ressenti en 48 à 72 heures, sans aucun effet sur le volume prostatique. S'il n'y a pas d'amélioration après quatre semaines à dose efficace, il n'y en aura pas davantage: c'est le moment de réévaluer, pas d'attendre. La silodosine est très spécifique de la prostate; l'alfuzosine donne moins d'anéjaculation mais plus de vertiges.

I5AR (inhibiteurs de la 5-alpha-réductase) — réduisent le volume prostatique de 20 à 30 % en 3 à 12 mois, indiqués si la prostate dépasse 40 cc. Piège classique à connaître: sous I5AR, le PSA est divisé par deux — pour interpréter correctement une valeur mesurée sous traitement, il faut donc la doubler avant de la comparer aux seuils habituels. Ce traitement a bénéficié d'un lobbying intense dans les années 2000 car il permet de "reduire la taille de la prostate". Mais il occasionne des troubles sexuels non négligeables... Et finalement, ce n'est pas tant la taille de la prostate qui compte, que l'effet sur les symptômes. Plutôt à privilégier chez les personnes agées, dont le bénéfice d'une chirurgie l'emporte peu vis a vis des risques.

Phytothérapie — effet modeste, à réserver aux patients peu gênés par leurs symptômes, ou surtout pour la phase de remplissage. Effet synergique interessant si associé à un alphabloquant.

Tadalafil 5 mg/j — option intéressante lorsque l'HBP s'associe à une dysfonction érectile.

Pour les patients qui relèvent d'un geste chirurgical, l'énucléation laser (au laser Thulium ou Holmium) est aujourd'hui considérée comme le traitement de référence de l'HBP, toutes énergies confondues. Plusieurs points pratiques à connaître, pour rassurer vos patients et éviter des prises en charge inadaptées en post-opératoire immédiat:

il n'existe plus de limite de volume prostatique à cette technique;

la sortie se fait habituellement à J1;

une éjaculation rétrograde survient dans environ 80 % des cas — un point à annoncer avant l'intervention, pour éviter une découverte anxiogène après.

La RTUP ne doit en théorie plus être proposée, mais plutôt l'énucléation (quelque soit l'énergie).

Le REZUM est une alternative thérapeutique intéressante pour les patients non chirurgicaux:

Prostate de 30 a 80cc

Satisfait du traitement médicamenteux, mais souhaiterait ne plus en prendre

Ou souhaitant retrouver les éjaculations (>80% sous REZUM)

Le retraitement par REZUM est possible.

Mantra: dans l'HBP, il faut proposer le bon traitement, au bon patient, au bon moment.

Après l'énucléation : le suivi en ville

Des urgenturies et des brûlures mictionnelles sont normales pendant 4 à 12 semaines, et une hématurie vers J15 ne doit pas inquiéter. Elles ne justifient ni antibiothérapie ni ré-endoscopie systématiques; un ECBU n'est indiqué qu'en cas de fièvre. L'éjaculation rétrograde, annoncée avant l'intervention, est une conséquence attendue et non une complication.

2. Partie 2 — Cancer de la prostate : dépistage, diagnostic et suivi

Dépistage organisé ou détection individuelle : une distinction à connaître, et ce qui bouge en 2026

Changeons de registre: le patient asymptomatique qui vous demande, ou à qui vous devez évoquer, la question du cancer de la prostate. Deux notions sont trop souvent confondues, et la confusion elle-même est source de messages contradictoires pour les patients:

Le dépistage organisé est une recherche systématique dans une population asymptomatique, dont l'intérêt est mesuré à l'échelle de la population: mortalité spécifique, qualité de vie collective.

La détection individuelle est une recherche menée chez un patient donné, dans le cadre d'un colloque singulier, dont l'intérêt est mesuré à l'échelle de cet individu.

Le cancer de la prostate reste, en France, le cancer le plus fréquent chez l'homme: environ 24 % des cancers masculins, avec 59 885 nouveaux cas estimés en 2023 selon l'Institut national du cancer. Sa mortalité, en revanche, a nettement diminué: 9 002 décès en 2023, ce qui en fait le deuxième cancer le plus meurtrier chez l'homme après le cancer du poumon, loin derrière son poids en incidence, avec une survie nette à 5 ans de 93 %. C'est précisément cet écart entre incidence très élevée et mortalité spécifique relativement contenue qui nourrit, depuis quinze ans, le débat sur l'intérêt d'un dépistage généralisé. Panorama des cancers en France 2026 — INCa

C'est ici que se joue l'essentiel de l'inconfort du médecin généraliste, et c'est le point le plus mouvant du dossier. La position de la HAS reste, à ce jour, constante depuis 2010: elle ne recommande pas la mise en place d'un programme de dépistage du cancer de la prostate par dosage du PSA, ni en population générale ni chez les hommes à risque. L'argument central est la faible spécificité du test: parmi les hommes ayant un PSA supérieur à 4 ng/mL, environ 7 sur 10 n'ont en réalité pas de cancer. HAS — Détection précoce du cancer de la prostate

L'AFU, à travers ses recommandations CCAFU 2024-2026, ne parle pas de dépistage de masse mais défend une démarche de diagnostic précoce individuel chez l'homme informé, généralement proposée entre 50 et 75 ans (ou dès 45 ans en cas d'antécédent familial, 40 ans en cas de mutation BRCA2). Un point mérite d'être noté par tout généraliste qui pratique encore le toucher rectal: un toucher rectal suspect impose la réalisation d'une IRM prostatique, même si le PSA est « normal » — c'est-à-dire inférieur à 4 ng/mL — car près de 15 % des cancers sont alors retrouvés, dont une proportion significative de lésions à haut risque. Recommandations CCAFU 2024-2026 — ScienceDirect

Au niveau européen, le Conseil de l'Union européenne a adopté, dès décembre 2022, une nouvelle recommandation étendant le dépistage organisé stratifié sur le risque au cancer de la prostate (aux côtés du poumon et, sous conditions, de l'estomac), avec un objectif de mise en œuvre dans l'ensemble des États membres d'ici 2026-2027. En France, l'INCa a consacré un séminaire à cette question fin 2024, et l'AFU plaide pour intensifier le dialogue avec les autorités sanitaires. Le débat a été relancé par le suivi à 23 ans de l'étude européenne ERSPC, publié le 29 octobre 2025 dans le New England Journal of Medicine: le bénéfice sur la mortalité spécifique se renforce avec le temps, et le rapport bénéfices-risques devient plus favorable au fil du suivi, ce qui réoriente la discussion vers des stratégies stratifiées combinant PSA, densité et IRM plutôt que vers l'opposition binaire dépistage oui/non. Conseil de l'UE, 9 déc. 2022 · Urofrance/AFU — ERSPC, 23 ans de suivi

Concrètement, pour vous: ni la HAS ni l'AFU ne vous obligent ou ne vous interdisent quoi que ce soit. Le PSA se propose, il s'informe, il s'oriente — jamais il ne s'impose. C'est cette phrase qui doit accompagner toute prescription de PSA chez un homme asymptomatique: ce dosage peut détecter un cancer tôt, mais aussi révéler des lésions qui n'auraient jamais donné de symptômes; il n'est ni obligatoire ni interdit, c'est une décision partagée avec le patient, éclairée.

Dépistage personnalisé : ce que change la mise au point de Villers et al. (2026)

Une mise au point de référence vient préciser ce virage: publiée en octobre 2026 dans La Presse Médicale Formation par A. Villers, O. Cussenot, R. Mathieu et J. Olivier (CHU de Lille, Rennes et Vienne), elle acte le passage d'un débat binaire « dépistage oui/non » à un dépistage personnalisé et stratifié sur le risque, reposant sur l'origine ethnique, les antécédents familiaux, la génétique, et un PSA de référence unique à la cinquantaine.

Les recommandations des trois grandes sociétés savantes s'alignent désormais d'assez près:

OrganismeÂge de débutStratification du risqueSeuil PSA d'alerteÂge d'arrêt
CC-AFU (France)50 ans (risque moyen), 45 ans (haut risque), 40 ans (très haut risque)Ascendance africaine, antécédents familiaux, mutation BRCA2/HOXB13≥ 3,0 ng/mL → TR et IRM avant biopsie75 ans ou espérance de vie < 10 ans
NCCN (USA)50 ans (risque moyen), 45 ans (haut risque)Origine ethnique, antécédents familiaux, BRCA≥ 3,0 ng/mL → évaluation avec biopsieAu cas par cas après 75 ans
EAU (Europe)50 ans (risque moyen), 45 ans (haut risque)Origine ethnique, antécédents familiaux, BRCA≥ 3,0 ng/mL → IRM (± densité du PSA ou PHI) avant biopsie70-75 ans ou espérance de vie < 10 ans

Point important pour la pratique quotidienne: ces recommandations convergent sur un seuil de PSA ≥ 3 ng/mL, confirmé par un second dosage, pour déclencher une IRM prostatique en réflexe.

La génétique prend une place croissante. Environ 5 à 15 % des cancers de la prostate sont liés à des facteurs héréditaires. Une consultation d'oncogénétique est justifiée en cas de début avant 50 ans, d'antécédents familiaux de cancer du sein ou de la prostate, ou de syndrome de Lynch ou sein/ovaire dans la famille — les gènes les plus impliqués étant BRCA2, ATM, CHEK2, PALB2, HOXB13 et les gènes de réparation des mésappariements de l'ADN (MSH2, MSH6, PMS2).

Les chiffres précisés. Le risque de développer un cancer de la prostate au cours de la vie est de 1 homme sur 8 (13 %), celui d'en mourir de 1 sur 41 (2,4 %). D'importantes disparités régionales persistent: les Antilles françaises (Martinique, Guadeloupe) affichent une incidence et une mortalité 2 à 3 fois supérieures à la métropole, en partie liées à l'exposition historique au chlordécone — un pesticide organochloré classé « cancérogène possible » par le CIRC, dont l'exposition professionnelle est reconnue comme maladie professionnelle.

Au niveau européen, le programme EUCanScreen (2024-2028) doit mettre en œuvre le dépistage stratifié du cancer de la prostate, du poumon et de l'estomac dans l'ensemble de l'Union, avec un objectif d'au moins 5 États membres alignés d'ici 2026 et une stratégie claire pour tous les hommes de 50 ans d'ici 2027. En France, l'INCa a lancé fin 2024 un programme d'actions intégrées de recherche (PAIR-Prostate), avec la Ligue contre le cancer et la Fondation ARC, pour affiner cette personnalisation.

Qui proposer au dépistage, quand, et les limites du PSA

En reprenant les recommandations simplifiées de l'AFU:

SituationÂge de début
Population générale, espérance de vie > 10-15 ans50 ans
Antécédent familial ou origine africaine / afro-caribéenne45 ans
Mutation BRCA2 (ou HOXB13)40 ans

La détection précoce repose sur deux examens, et deux seulement: le toucher rectal et le PSA total. Elle suppose une information loyale du patient — comprenant les modalités thérapeutiques, dont la surveillance active, et leurs risques de morbidité induite — et son consentement. Elle doit être interrompue lorsque l'espérance de vie devient inférieure à 10 ans, et sa fréquence, de 2 à 4 ans, s'adapte au profil de risque individuel plutôt qu'à un rythme fixe.

Un mot sur l'oncogénétique, trop souvent oubliée: une consultation dédiée doit être proposée devant une forme héréditaire de cancer de la prostate, une forme précoce diagnostiquée avant 50 ans, ou une forme associée à un cancer du sein ou de l'ovaire dans la famille.

Un message que nous martelons en 2026: la valeur absolue du PSA, seule, ne vaut pas grand-chose. Le PSA est le reflet de l'activité globale de la prostate — bénigne comme maligne — et sa densité (PSAd = PSA en ng/mL ÷ volume prostatique en cc) est un marqueur complémentaire de plus en plus regardé: au-delà de 0,15, ou lorsque le PSA représente plus de 10 à 15 % du volume prostatique, l'attention doit être plus soutenue, même à PSA total modéré.

Concrètement, le seuil qui doit déclencher une évaluation complémentaire est un PSA total ≥ 3 ng/mL, confirmé par un second dosage. Le risque de cancer associé croît avec la valeur: supérieur à 15 % pour un PSA entre 3 et 4 ng/mL, supérieur à 33 % entre 4 et 10 ng/mL, et supérieur à 66 % au-delà de 10 ng/mL.

La valeur elle-même varie considérablement avec l'âge en population générale: la médiane est de 0,65 ng/mL entre 40 et 49 ans, 0,81 ng/mL entre 50 et 59 ans, 1,2 ng/mL entre 60 et 69 ans, et 1,63 ng/mL entre 70 et 79 ans. Pour fixer la densité: un PSA à 4 ng/mL pour un volume prostatique de 40 cc donne une densité de 0,10 ng/mL/cc, ce qui reste dans la norme — c'est au-delà de 0,15 que l'indice devient évocateur.

Un point à nuancer par rapport à la pratique historique: le toucher rectal n'a pas démontré d'intérêt comme test de dépistage en tant que tel, seul ou associé au PSA, du fait de sa faible sensibilité et de sa faible valeur prédictive positive chez l'homme asymptomatique. Il garde en revanche toute sa place chez le patient symptomatique, en cas de suspicion de stade localement avancé, ou dans le bilan d'un cancer déjà documenté — et sa réalisation, laissée à la discrétion du praticien, ne doit jamais constituer un frein à l'accès du patient à une détection précoce.

Avant d'interpréter un dosage, quatre pièges classiques à écarter:

une éjaculation dans les 48 heures précédentes, qui élève artificiellement le PSA;

une prostatite, un sondage ou une biopsie récents — il faut attendre 2 à 3 mois avant de redoser;

un traitement par I5AR en cours, qui divise la valeur par deux;

une élévation isolée, qui doit toujours être recontrôlée plutôt qu'agie dans l'urgence: le PSA ne se dose jamais en urgence, et jamais dans un contexte confondant.

Biopsie, score ISUP et options de traitement

Trois évolutions structurent aujourd'hui le parcours qui suit un PSA ou un toucher rectal suspect:

l'IRM prostatique est recommandée avant toute biopsie, quel que soit le résultat du PSA si le toucher rectal est suspect;

la voie transpérinéale de biopsie réduit significativement le risque infectieux par rapport à la voie transrectale historique;

la fusion entre les images IRM et le geste de biopsie est devenue centrale — au minimum « mentale », au mieux assistée par un logiciel de fusion d'image — pour cibler précisément les zones suspectes plutôt que de multiplier les prélèvements systématiques.

Le compte-rendu anatomopathologique qui vous reviendra ensuite utilise la classification ISUP, qui a remplacé l'usage isolé du score de Gleason:

Groupe ISUPScore de GleasonAgressivité
16 (3+3)Faible
27 (3+4)Intermédiaire favorable
37 (4+3)Intermédiaire défavorable
48Élevée
59 ou 10Très élevée

Le score de Gleason additionne les deux contingents tumoraux les plus représentés à la biopsie; le pourcentage de grades 4 et 5 est particulièrement scruté, car il conditionne le pronostic. Dans les groupes ISUP 1, et parfois ISUP 2 sélectionnés, la surveillance active — plutôt qu'un traitement radical immédiat — doit être envisagée. Nos propres données de suivi après traitement (Bommelaere et al., European Urology Open Science, 2022) montrent que le risque de récidive biologique après chirurgie croît avec la proportion de grade 4/5 retrouvée à l'analyse de la pièce, ce qui conforte une sélection stricte des patients éligibles à cette surveillance plutôt qu'à un geste radical d'emblée.

Le protocole de surveillance active recommandé associe, avant l'inclusion, un PSA, un toucher rectal, une IRM réalisée avant toute biopsie, puis des biopsies systématisées complétées de biopsies ciblées si l'IRM est positive. Une biopsie de confirmation à 3 mois n'est pas nécessaire en cas de bonne concordance entre IRM et données clinico-biologiques. Le suivi de la première année associe un PSA tous les 6 mois et un toucher rectal annuel, avant un nouveau bilan à un an comprenant une IRM et de nouvelles biopsies. Par la suite, l'IRM est répétée chaque année en cas de lésion visible, tous les 18 à 24 mois si elle est normale, et systématiquement avant toute nouvelle biopsie de contrôle — laquelle redevient systématique en cas de progression à l'IRM ou en clinique, est à discuter en cas de seule progression biologique, et peut être espacée jusqu'à tous les trois ans en cas de stabilité de l'ensemble des critères.

Le parcours qui suit un PSA ≥ 3 ng/mL est désormais guidé par l'IRM et sa densité associée: lorsque l'IRM n'est pas suspecte (PI-RADS 1 à 3) et que la densité du PSA reste inférieure à 0,15, la biopsie n'est le plus souvent pas indiquée — une situation qui concerne environ un tiers des hommes évalués, suivis alors par simple surveillance du PSA. Lorsque l'IRM est suspecte (PI-RADS 4 ou 5) et/ou que la densité dépasse 0,15, la biopsie se révèle positive dans plus de la moitié des cas. Parmi les hommes ainsi diagnostiqués, environ 85 % présentent une maladie de grade intermédiaire ou élevé nécessitant un traitement actif, et environ 15 % une tumeur de petit volume et de bas grade pour laquelle la surveillance active reste l'option privilégiée.

À 10 ans de suivi, environ 40 % des hommes en surveillance active présentent une progression du PSA ou du stade nécessitant un traitement actif, et 60 % restent sous simple surveillance — ce qui conforte cette approche conservatrice. Le risque de passer à côté d'une maladie métastatique au-delà du stade curable reste très limité: inférieur à 1 % à 10 ans dans les séries contemporaines de surveillance active.

Au-delà de la surveillance active et du traitement radical, un traitement focal (ultrasons focalisés de haute intensité, électroporation irréversible ou cryothérapie) peut être envisagé dans 5 à 10 % des cas soigneusement sélectionnés — cancers unilatéraux, de risque intermédiaire, à distance du sphincter strié — dans le cadre de registres ou d'essais cliniques, pour réduire le risque de séquelles urinaires et sexuelles.

Après prostatectomie : le suivi en ville

Après prostatectomie, le PSA doit devenir indétectable, c'est-à-dire inférieur à 0,1 ng/mL. On parle de récidive biologique à partir de 0,2 ng/mL, confirmé par deux prélèvements consécutifs — un chiffre isolé ne doit jamais déclencher une inquiétude ou une réorientation précipitée. Sur le plan fonctionnel, l'incontinence relève d'une rééducation périnéale précoce, et il n'y a pas lieu de s'alarmer avant 12 mois d'évolution; la dysfonction érectile bénéficie d'une réhabilitation précoce, les douze premiers mois étant décisifs pour la récupération.

Dans une cohorte hospitalière contemporaine de 713 patients opérés par prostatectomie totale, avec un suivi médian de 8 ans, trois hommes sur quatre n'ont présenté aucune récidive biologique et sont considérés comme guéris; une progression métastatique est survenue chez 9 % de l'ensemble de la cohorte. Le volume de la composante tumorale la plus agressive (grades de Gleason 4 et 5) reste le déterminant clé du risque métastatique, au diagnostic comme après le traitement.

Radiothérapie, cancers avancés et métastatiques : les grandes lignes

Au-delà de la chirurgie, d'autres traitements existent. Leur indication est posée en réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP), et leur prise en charge relève des radiothérapeutes et des oncologues médicaux. Le médecin généraliste n'a pas à les piloter, mais en connaître les grandes lignes l'aide à accompagner son patient.

Radiothérapie externe et curiethérapie — alternatives curatives à la prostatectomie pour les cancers localisés; dans les formes à risque élevé, la radiothérapie est souvent associée à une hormonothérapie de durée limitée.

Radiothérapie de rattrapage — proposée en cas de récidive biologique après prostatectomie, éventuellement associée à une hormonothérapie.

TEP au PSMA — examen de référence pour rechercher des métastases ganglionnaires et à distance, plus performant que l'association scintigraphie osseuse et scanner.

Cancer métastatique — repose sur la suppression androgénique, le plus souvent intensifiée par une hormonothérapie de nouvelle génération ou une chimiothérapie; la prise en charge est oncologique.

Deux repères utiles en ville. Après radiothérapie, le PSA ne devient pas indétectable: il baisse lentement jusqu'à un nadir, et la récidive biologique se définit par une remontée de 2 ng/mL au-dessus de ce nadir (critère de Phoenix). Par ailleurs, une rectite ou une cystite radique peut survenir des mois, voire des années après l'irradiation: une hématurie ou des rectorragies chez un patient irradié restent à explorer, sans être attribuées d'office au traitement.

3. Ce qu’il faut retenir

Une nycturie isolée oriente vers un catalogue mictionnel — et la recherche d'un SAOS — avant tout traitement alpha-bloquant.

Des SBAU modérés relèvent d'un alpha-bloquant en première intention.

Un PSA envisagé chez un homme asymptomatique se propose et s'informe; il ne se prescrit jamais sans en avoir parlé.

Un toucher rectal suspect ou un PSA suspect justifient une IRM d'emblée, puis un avis urologique pour trancher.

La densité de PSA est une aide précieuse à la réflexion, au-delà de la seule valeur absolue.

Sous I5AR, il faut toujours doubler la valeur mesurée avant de l'interpréter.

Une cinétique du PSA qui s'accélère relève de l'urologie, pas d'un simple re-dosage.

Article rédigé par le Dr Thomas Bommelaere, urologue à Lille (Uronord.fr — Centre Urologie de Lille, Hôpital Privé La Louvière), spécialisé en chirurgie mini-invasive robotique et laser de la prostate.

4. Sources

Panorama des cancers en France, édition 2026 — INCa

HAS — Détection précoce du cancer de la prostate

Recommandations CCAFU 2024-2026 — ScienceDirect

Urofrance/AFU — ERSPC, 23 ans de suivi (déc. 2025)

Recommandation du Conseil de l'UE, 9 décembre 2022

Villers A, Cussenot O, Mathieu R, Olivier J. Vers un dépistage personnalisé du cancer de la prostate. Presse Med Form (2026)

Bommelaere T, Villers A, Puech P, et al. Risk estimation of metastatic recurrence after prostatectomy. Eur Urol Open Sci 2022; 41: 24-34

Benheddi T, Seguier D, Puech P, et al. Long-term oncological outcomes of active surveillance for low-risk prostate cancer diagnosed during the MRI era. Fr J Urol 2025; 35(3): 102850