QUOI DE NEUF EN VIH ?
Dr Bertrand RIFF
1ère partie :
Les changements inattendus :
En 1995, les trithérapies ont transformé l’histoire quasi naturellement du VIH en transformant une maladie toujours mortelle en maladie chronique potentiellement mortelle : transformation radicale dont les soignants et les soignés n’ont pas fini de découvrir et d’analyser les retombées.
Cela amène pour les soignants 3 nouvelles problématiques :
Les patients ne meurent plus du VIH, mais désormais de cancer, de cirrhose, et de maladie cardio-vasculaire. Comment réduire cette mortalité, prévenir ces problèmes ; il nous faut, du fait de l’allongement de l’espérance de vie, prendre en compte les facteurs de risque et traiter les pathologies associées (hépatite B et C, troubles glucidolipidiques…), nous préoccuper du fait que nos patients fument, s’alcoolisent ou sont sédentaires, il nous faut non seulement prendre en compte la réalité VIH, mais toutes ces réalités et essayer de les intégrer dans nos prises en charge.
Les antirétroviraux ont une responsabilité directe dans ces causes de mortalité (troubles glucidolipidiques, hépatite biologique, cytopathie mitochondriale…). Comment réduire ces risque iatrogènes ? En jouant sur les ARV d’une part, en diminuant le temps sous ARV (débuter plus tard les ARV, faire des pauses thérapeutiques) et en essayant de prescrire les
ARV les moins nocifs. D’autre part, en prenant en compte plus vite les effets secondaires induits par les ARV (hypercholesterolémie, diabète). Pour gérer cette complexité, obligation de codécision thérapeutique collégiale, une fois par semaine se réunit le collège de décision thérapeutique à Tourcoing, 10 à 15 dossiers traités à chaque fois.
40 % des patients ont une observance telle que des résistances apparaissent, voire des résistances à tous traitements. La question de l’observance est devenue très vite, dès 1997, un des éléments de la réflexion. La médecine est très désemparée devant ces patients qui ne suivent pas les ordonnances du médecin, qui ne profitent pas des progrès de la science, qui donnent au médecin un sentiment d’échec, un coup bas dans son égo et sa toute puissance. Des consultations d’observance s’ouvrent, des formations pour soignants ont lieu, ouvertes à tous soignants.
Cela amène pour les patients deux nouvelles problématiques :
Faire le deuil du deuil, les patients s’étaient préparés à la mort et voilà qu’ils vont peut être vivre vieux.
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, une fois que l’on a fait le deuil de la vie, que l’on s’est préparé à mourir, que le désir est enfoui, il n’est pas toujours simple de retrouver ce désir, de le faire revivre et donc de trouver de nouveau sens à cette nouvelle vie.
Certes ils vont vieillir, mais les effets secondaires liés au traitement donnent souvent des qualités de vie moyennes, voire médiocres. Avant les traitements, les cachexies de fin de vie étaient stigmatisantes. Depuis les trithérapies, de nouvelles transformations physiques iatrogènes viennent stigmatiser les patients (lipoatrophie, lipodystrophie). Elles obligent à des chirurgies réparatrices afin d’éviter cette stigmatisation. Avec le temps, sous traitement, apparaissent des troubles métaboliques (diabète, hyperlipémie). Ils obligent bien souvent à l’adjonction de traitements associés antidiabétiques ou hypolipémiants. Enfin autres effets iatrogènes fréquents et handicapants que sont les troubles digestifs (dyspepsie, accélération du transit).
2ème partie :
Epidémiologie de l’infection à VIH
* Modes de transmission du VIH

- Transmission
Facteurs de risque et taux de transmission VIH
* Exposition sexuelle (0,3 % (0,01-3 %))
Rapport anaux > vaginaux
Réceptif > insertif
Règles (femme - homme)
Viol
IST
Charge virale élevée
* Exposition professionnelle (0,18 – 0,45 %)
Sang Charge virale élevée
Piqûre aiguille creuse profonde Non port de gants
* Exposition par partage matériel IV (0,67 %)
Injection dans un cadre collectif
Premier shoot
Non rinçage de la seringue
Non nettoyage du matériel
* Autres modes de transmission
transmission materno-fœtale : < 1% sous ARV + césarienne
Allaitement : autour de 15% à 1 an, surtout les premiers mois
Transfusion : risque résiduel de 1 à 3 millions en 2005
Transfusion de facteurs de coagulation (hémophilie) : aucun risque depuis 1985
* Répartition géographique des modes de transmission
Europe, USA, Australie : sexuel +++, drogue IV (Nord de l’Europe, de la France : plutôt homosexuel / Sud de l’Europe, de la France : plutôt drogue IV)
Afrique : hétérosexuel +++
Europe de l’Est : drogue IV +++, sexuel
Asie, Amérique du Sud : sexuel, drogue IV
Adultes et enfants vivant avec le VIH/Sida en 2005

TOTAL : 40,3 millions
Estimations ONUSIDA décembre 2005
Adultes et enfants nouvellement infectés par le VIH en 2005

TOTAL : 4,9 millions
Estimation ONUSIDA décembre 2005
Espérance de vie à la naissance dans certains des pays les plus fortement touchés, 1980 – 1985 à 2005 – 2010

Epidémie à VIH en France en 2004 (1)
97000 (61-176000) personnes infectées vivant avec le VIH
45000 cas de SIDA cumulés depuis 1985
6000 nouveaux cas
Forte prévalence : Antilles / Guyane, Ile de France, PACA
Contamination par drogue IV : surtout dans le Sud
Contamination homosexuelle : surtout dans le Nord
* Prévalence de l’infection à VIH selon les populations en France
Hétérosexuelle non UDIV : 0,1%
Homosexuelle non UDIV : 13%
UDIV : 17%
Agression sexuelle : 5,0%
Prison : 1-5%
A pondérer selon les pratiques
* Evolution des modes de contamination Diagnostics de SIDA en France depuis 1992

InVS, Données au 30 juin 2004
Epidémie à VIH en France : les nouveaux cas diagnostiqués en 2003-2004 (2)
* Répartition par mode de contamination

* Répartition par nationalité

* Epidémiologie en France : rapport Delfraissy 2004
Prévalence fin 2003 : 97000 (61000-176000)
Hétérosexuel ì contamination
Les femmes représentent 43% des nouveaux diagnostics
La moitié : originaires d’un pays d’Afrique Subsaharienne
Homosexuels : poursuite de l’épidémie chez les hommes
Résurgence de la syphilis
î comportements de prévention
Usagers de drogue IV : î contamination confirmée
Patients diagnostiqués à un stade avancé :
* Moitié des patients dépistés en 2003 : stade SIDA ou CD4 < 200/mm3
* Dans ces cas, risque mortalité X 16 (dans les 6 premiers mois / prise en charge précoce)
Echec thérapeutique sévère (CD4 < 200/mL et charge virale > 30000 copies mL) : 5% des patients traités
Le SIDA dans le Nord Pas-de-Calais
La prévalence la plus faible en France : 229 cas de SIDA/millions d’habitants
Une file active importante :
* 2000 personnes séropositives
* 1500 personnes prises en charge
Un dépistage trop tardif
* 500 personnes non suivies
* 21% des nouveaux entrants en stade SIDA
Modes de transmission
La voie sanguine (1)
Transfusion et greffes : date charnière 1985
* Persistance d’un risque théorique dû aux donneurs en phase séronégative (ceci s’explique du fait de la période de séroconversion qui est en moyenne de 4 à 6 semaines mais elle peut aller jusqu’à 6 mois)
* Le risque est évalué à 1/6 m
Dérivés sanguins :
* Aucun risque depuis 1985 : ils sont chauffés pour inactiver le virus
La voie sanguine (2)
La prévention
Dépistage des donneurs
Exclusion des donneurs à risque
Chauffage des dérivés sanguins stables
La voie sanguine (3)
Toxicomanie
* Risque élevé en cas d’échange de seringues

* Prévention : distribtion de seringues gratuites, vente de stériboxu
La voie sanguine (4)
Les accidents d’exposition au sang (AES)
* Piqûres accidentelles (accident du travail)
Risque faible 1,2 à 0,75%
Dépend de la nature de l’exposition :
taille de l’inoculum
* statut de la personne source
Contact cutané
* Risque minime en cas de contact de sang avec une plaie cutanée ou en cas de projection de liquides biologiques
La voie sanguine (5)
La prévention des AES
* Bonnes pratiques
* Précautions universelles (port de gants, containers à portée, ne pas recapuchonner …)
* Si piqûre : septique : consultation pour décider mise en route trithérapie dans les 4h suivantes
La voie sexuelle
Tous les types de rapports sont contaminants (génitaux, anaux, buccaux)
Le risque est difficile à évaluer, il est corrélé au nombre de partenaires
Rapports oro-génitaux potentiellement à risque
Salive : risque discuté pour les contacts prolongés (baiser profond) et en présence de sang
Transmission homme/femme et femme/homme – homme/homme, femme/femme etc …
La voie périnatale
La transmission materno-fœtale : 20% pendant la grossesse (3ème trimestre) et l’accouchement, < à 1% si traitement antiviral durant la grossesse
Le virus passe dans le lait maternel, il y a donc risque de transmission en cas d’allaitement
Quand faire un test de depistage ?
Recherche systématique, obligatoire et légale : don du sang, d’organes, de sperme
Recherche proposée et recommandée : visite prénuptiale, examen prénatal
Recherche conseillée : lors d’intervention chirurgicale, lors d’un comportement à risque (rapports sexuels non protégés, échange de seringue…)
Cinétique des tests sérologiques
JO : contage
JO-J10 : colonisation de l’organisme « silence »
J10 : début réplication virale et charge virale +
J15-J20 : AgP24 détectable (J15)
J20 : début Ac anti-VIH
4 semaines : AC anti-VIH, séroconversion, sérologie franchement positive, AgP24 disparaît
Ne pas demander les tests trop tôt
PRISE EN CHARGE
A / Le bilan initial
Objectifs :
* Connaître le statut immunitaire
* Diagnostiquer les infections opportunistes
* Dépister les infections associées
Taux de CD4
Charge virale
Biologie standard
Sérologies CMV, toxoplasmose (risque réactivation ?)
Hépatite B et C, syphilitique (inf associées)
IDR tuberculose
RX de thorax
B / Le suivi sans traitement ARV (1)
SECRET +++
* Demander si partenaire ? si informé ? si testé ?
* Essayer que la personne informe son partenaire
Information, éducation ++
* Modes de transmission sont connus ?
* Connaît-il les moyens de prévention ?
* Information des femmes et des couples par rapport à grossesse
Suivi régulier, dépend statut malade : 1/6 mois à 1/mois en HDJ ou consultation
Soutien psychologique
B / Le suivi sans traitement ARV (2)
Suivi clinique : examen complet pour dépister
* Infections opportunistes
* Maladies associées (hépatites, IST)
Suivi biologique
* CD4, charge virale,
* Suivi sérologique si besoin (syphilis, hépatites, CMV et toxoplasmose si négatif)
Quand les CD4 < 200 ?
Prophylaxie des IO
* Bactrim 1/j : protection pneumocystose et toxoplasmose
* Azadose 600mg/sem : quand CD4 < 50, protection contre MAC
Dépistage des IO :
* Ag CMV sérique si CD4 < 50
* Suivi ophtalmo FO (rétinites)
C / Le traitement antirétroviral

Cycle réplicatif du VIH – 1 et cibles des antirétroviraux

Qui et quand traiter ?
Quand survenue infection opportuniste
Quand patient est symptomatique
Si asymptomatique. Non quand les CD4 sont > 350/mm3
Si asymptomatique. Oui quand les CD4 sont < 200/mm3
Entre 200 et 350 le moment est à voir selon le patient
Primo-infection symptomatique sévère
A l’initiation
Partenariat avec le malade +++
Préparation à la mise en route du ttt
Malade informé = éducation thérapeutique : du pourquoi, du comment, des effets possibles, des résultats attendus
La réussite du ttt dépendra de l’adhésion du malade au ttt c’est l’observance (sinon risque de développer des résistances)
Traitements
* Généralités :
4 classes de médicaments différents :
* Analogues nucléosidiques inhibiteurs de la transcriptase inverse (NRTI)
* Analogues non nucléosidiques inhibiteurs de la transcriptase inverse (NNRTI)
* Inhibiteurs de la protéase (IP)
* Inhibiteurs de fusion
* Schémas thérapeutiques
Association de 3 molécules
Lors du premier choix en général
* 2IN + 1IP
* 2IN + 1INN
* Les objectifs du traitement
sous trithérapie, on espère
Charge virale indétectable
Remontée des CD4
Pour : disparition de la survenue d’infections opportunistes, diminution de la mortalité, espérance de vie normale ( ?), amélioration de la qualité de vie
Mais : problème de mutation du virus = l’échappement : résistance au ttt,
= changement de ttt en fonction des molécules disponibles
Le suivi sous ttt (1)
consultation à J15 du début du ttt
Puis à M1
Puis à 1/3 mois et plus rapproché si besoin :
* CD4 bas
* Difficultés type observance ou tolérance
* Mauvais résultats
Suivi clinique : tolérance (allergie, neuropathie, troubles digestifs, troubles de l’humeur…)
Suivi biologique :
* Efficacité : CD4, charge virale (elle doit être indétectable, c’est à dire < seuil)
* Tolérance : hémogramme, bilan rénal, hépatique, pancréatique, lipidique, bandelette urinaire (Viread*)
Le suivi sous ttt (2)
Survenue d’effets secondaires à long terme des anti-rétroviraux ð vigilance même avec un ttt « ancien » bien toléré
* Lipodystrophie : remodelage du tissu graisseux soit type lipoatrophie avec fonte graisseuse surtout visage (pommettes), soit lypohypertrophie avec accumulation graisse paroi abdominale, cou (buffalo neck), glande mammaire
* Cytopathies mitochondriales
* Ostéonécroses têtes fémorales et humérales
* Ostéoporose
* Dyslipidémie entraînant (car souvent co-facteurs de risque vasculaires) AVC et infarctus du myocarde
Le suivi sous ttt : vigilance sur
Suivi du poids
De la TA
Du périmètre abdominal, tour de taille, de cuisse
Apparition de douleurs osseuses : hanche à la marche pour ostéonécrose
Le tabac : motivation et consultation anti-tabac si besoin
La diététique, le régime alimentaire
Conseiller de faire du sport
Et toujours le préservatif : même si est indétectable, reste contaminant
Les résultats, les enjeux
Pas de guérison ni éradication du virus
« Le VIH devient une maladie chronique »
Problème lié à prise de médicaments quotidienne, à vie, avec difficultés d’observance (observance) bonne prise du ttt, et problèmes de tolérances (effets secondaires à long terme +++)
D’où : traiter + tard (CD4<350)…Mais pas trop tard (CD4>200) car plus de difficultés pour remonter
D’où : rechercher sur médicaments mieux tolérés, plus faciles à prendre (1 prise, 1 comprimé) et aussi sur nouvelles classes thérapeutiques (inhibiteurs des co-récepteurs CXCR4, CCR5) pour les virus multi-résistants


