MEDICAMENTS ET GROSSESSE
Pr Damien SUBTIL
Depuis les drames de la Thalidomide (1960) et du Distilbène (1971), chacun sait qu’aucun médicament ne peut être prescrit en toute sécurité chez la femme enceinte. Même chez l’animal si aucun effet tératogène ni toxique n’a été mis en évidence pour un médicament donné, même si les études de pharmacovigilance et les études épidémiologiques – de registres – sont rassurantes, il est tout à fait possible qu’un effet néfaste important soit passé inaperçu pour l’enfant à naître (Thalidomide) ou bien pour sa descendance ultérieure (Distibène). Par exemple, on peut aisément imaginer qu’un médicament ait des effets neurologiques néfastes importants (dépression, schizophrénie…) mais difficiles à mettre en évidence chez l’animal, dans l’espèce humaine et dans les registres de malformations.
Quelques règles simples doivent donc guider la prescription :
1. ne prescrire qu’en cas de nécessité et se dire qu’il existe toujours une balance risques/bénéfices chez la femme enceinte, même quand les risques sont inconnus.
2. Si une prescription est nécessaire, prescrire l’un des médicaments les plus ancien dans une classe bien connue (ce sont ceux pour lesquels les études sont les plus nombreuses)
3. S’aider des compétences de collègues dans le domaine, en cas de difficulté : gynéco-obstétriciens et pédiatres en maternité, Centre Régional de Phamacovigilance ou Centre Régional Anti-Poisons (Dr Durak, Dr Mathieu-Nolf (voir références ci-après)
Globalement, retenons qu’il existe assez peu de médicaments utilisés et dont la tératogénicité et la toxicité soient prouvées et justifient d’une attention particulière.
Citons les principaux :
l’isotrétinoïne par voie orale (RoACCUTANE) : 30 % anomalies auriculaires, oculaires et neurologiques,
le lithium (THERALITE et NEUROLITHIUM) : 8 % d’anomalies cardiaques
le valproate de sodium (DEPAKINE, DEPAKOTE) : 1 % de spina-bifida + anomalies faciales + osseuses, voire neurologiques (à confirmer)
Le TEGRETOL (carbamazepine) : 1 % spina bifida
les AVK : 5 % risque d’hypoplasie des os propres du nez et de ponctuations épiphysaires bénignes
les IEC et les Sartans : exceptionnelles acalvaria du 1er trimestre (hypoplasie cartilagineuse des os du crâne) et oligo-anuries de fin de grossesse par anomalies néphroniques
les AINS : suspicion de tératogénicité au 1er trimestre, risque hémorragique fœtal, risque de fermeture du canal artériel in utero, risque d’oligo-anurie néonatale
les aminosides (risque de surdité congénitale)
les tétracyclines (coloration jaune de l’émail des dents de lait)
Parfois, on décidera délibérément de prescrire un médicament dont la tératogénicité/toxicité est connue mais dont les avantages surpassent les inconvénients (lithium chez une patiente maniaco-dépressive, aminosides en durée courte chez une patiente présentant une septicémie…)
Enfin, il faut garder en mémoire que la liste des toxiques ne s’arrête pas aux médicaments. L’alcool est un puissant produit tératogène et toxique. Des effets neurologiques sont déplorés à partir de deux verres de boisson alcoolisée par jour (altération des capacités cognitives, troubles de l’attention).


